Jonesy, le véritable survivant d'Alien
Share
Le film Alien sort en 1979 et est réalisé par le cinéaste britannique Ridley Scott. Produit par la société 20th Century Fox, il s’impose rapidement comme une rupture majeure dans la science-fiction de la fin des années 1970, en mêlant horreur, huis clos spatial et design biomécanique.
Tourné en grande partie au Royaume-Uni, Alien impose aussi une esthétique radicale, marquée par le travail du designer suisse H.R. Giger, créateur du xénomorphe et de son univers organique.
Mais qui est Jonesy dans tout çà ? Dans Alien, il y a le monstre, le vaisseau, Ellen Ripley… et puis il y a Jonesy. Un chat roux, embarqué sur le vaisseau Nostromo comme on embarquait autrefois des chats sur les navires pour chasser les rats. Sauf qu’ici, les couloirs sont métalliques, les alarmes hurlent, et quelque chose de bien plus ancien que les humains circule dans les conduits... Jonesy ne comprend rien à tout ça. Et c’est peut-être pour ça qu’il survit.

Illustration : Ripley et Jones dans le coin repas du Nostromo. Plutôt froid comme ambiance.
Un chat dans l’espace
Officiellement, Jonesy est un membre logistique du vaisseau commercial Nostromo, propriété de la compagnie Weyland-Yutani. Sa fonction est simple : limiter les nuisibles à bord.
Dans les faits, il devient surtout un habitant silencieux de ce futur industriel, coincé entre les pauses sommeil de l’équipage et les longues dérives dans l’espace profond. Il dort dans les casiers, traverse les coursives, disparaît dans les zones techniques. Il fait ce que fait un chat : il occupe un espace sans jamais demander de permission.
La mort de Brett et le moment de bascule
C’est dans une soute sombre du vaisseau que tout se joue. Brett cherche Jonesy. Le chat recule, feule, fixe quelque chose que personne d’autre ne voit encore. Derrière lui, le xénomorphe est déjà là. Brett est alors la première victime de l'Alien. Le film ne fait pas de Jonesy un héros. Il ne sauve personne. Il ne comprend même pas ce qui est en train de se passer. La scène fonctionne presque entièrement sur le hors-champ : on ne voit pas directement l’attaque de Brett. La mise en scène choisit de déplacer le centre de gravité du regard vers Jonesy. Le chat devient alors un relais du spectateur, celui qui fixe ce que la caméra refuse de montrer. Dans Alien, cette intuition animale devient une sorte de boussole involontaire.

Illustration : Jones et Brett, quelques minutes avant le chaos.
Ripley sauve sa peau, et le chat
À mesure que l’équipage disparaît (spoiler, le xénomorphe fait des dégâts), le Nostromo devient un lieu vide, presque abstrait. Une architecture de survie où chaque décision est une question de secondes. Ripley pourrait partir. Elle pourrait respecter les protocoles. Elle pourrait fuir seule. Mais elle revient chercher le chat ! Jusqu'à se trimballer une énorme et lourde boite de transport avec Jones à l'intérieur. Ceux qui n’ont jamais tenté de fuir avec une boîte de transport pour chat sous le bras ignorent à quel point l’exercice est peu compatible avec une menace immédiate.

Illustration : Le chat Jones regarde Brett devenir l'apéricube du Xenomorphe.
Ce geste ne change rien à la survie de l’humanité. Il ne modifie pas le destin du xénomorphe non plus. Il ne sauve pas la mission, c’est déjà foutu. Il fait autre chose : il rappelle qu’il reste encore quelqu’un à sauver, un membre à part entière de l’équipage.
L’étrange célébrité d’un survivant silencieux
Avec le temps, Jonesy est devenu une anomalie culturelle. Un personnage sans dialogue devenu icône. On le retrouve dans des livres illustrés comme Nine Lives on the Nostromo, dans des produits dérivés Alien, et même dans des relectures humoristiques de la saga, où il devient narrateur ou témoin de l’histoire.
*Dans un film où presque tout le monde est puni pour ses décisions, Jonesy échappe à toutes les logiques. Il survit parce qu’il est ailleurs. Toujours légèrement en dehors du cadre, toujours un peu en décalage avec le récit principal. Dans Alien, les humains cherchent à comprendre ce qu’ils affrontent.
Le chat, lui, comprend une chose plus simple : quand quelque chose ne va pas, il vaut mieux partir ! Et, à sa manière, c’est peut-être lui qui avait raison depuis le début.

Illustration : Jones dans la publicité officielle de sortie du blu-ray du film Prometeus en 2012.
Trente ans après avoir survécu au xénomorphe du Nostromo, Jonesy a même eu droit à sa propre campagne promotionnelle lors de la sortie du film Prometeus (2012) en Blu-ray. Rare privilège pour un personnage qui ne prononce pourtant pas un seul mot dans le film de Ridley Scott. Alors que la plupart des membres de l'équipage ont fini dans l'estomac de la créature, le chat roux est devenu l'un des survivants les plus célèbres de l'histoire de la science-fiction.

Illustration : Jones dans la publicité officielle de sortie du DVD blu-ray du film Prometeus en 2012.



